Depuis deux ans, l’Université de Liège propose un minerval préférentiel au personnel universitaire et ses enfants. Cet avantage au personnel permettrait d’augmenter la compétitivité de l’institution au niveau international, parait-il. Cela introduit surtout une nouvelle inégalité d’accès à l’enseignement. Un exemple symptomatique de l’évolution de l’université…
On avait déjà entendu parler de cette histoire il y’a un moment : le journal Trends Tendances (ouais !) avait sorti l’info en entrefilet en 2005. Bernard Rentier s’en était d’ailleurs indigné sur son blog. À l’époque, le recteur déclarait que ce minerval était octroyé via une ASBL satellite nommée « PromULg», financée par des dons extérieurs et chargée d’assurer la promotion de l’université de manière générale. À l’époque, la Fédé avait pris acte de cela et n’avait plus suivi le dossier.
En juin dernier, le sujet revient sur la table du conseil d’administration de l’ULg. Les représentants étudiants s’aperçoivent que : 1°) dans les faits, l’ASBL PromULg n’a guère d’autres missions que l’octroi de ces réductions de minerval ; 2°) son financement est presque intégralement issu du budget ordinaire de l’université, et non de dons extérieurs. En plus de cela, une révision statutaire de ladite ASBL est proposée, restreignant sa composition aux quatre principaux dirigeants de l’université. En gros, les étudiants et les autres membres du CA ULg ne peuvent dorénavant plus y siéger, ni donc contrôler l’activité de cette association. Ça fait beaucoup à avaler, et la Fédé a donc décidé de s’opposer publiquement au minerval préférentiel (ce qui était la moindre des choses…).
Mais finalement, tout ça importe peu. S’il y a lieu de s’indigner de ce minerval préférentiel, ce n’est pas à cause de toutes ces histoires administratives, mais bien à cause des principes qui se cachent derrière l’opération.
On pourrait croire qu’il s’agit d’une mesure sociale interne, d’une sorte d’aide fournie aux employés et ouvriers de l’ULg. Mais en écoutant les discours officiels et officieux, on s’aperçoit que le but premier n’est pas celui-là. Ce minerval préférentiel est avant tout conçu comme un avantage compétitif pour l’ULg : il vise à attirer et à garder des chercheurs ou des académiques tentés d’aller voir ailleurs [1]. Il ne s’agit donc pas de simple corporatisme, mais bien d’une mesure prise dans une optique de concurrence assumée par les autorités académiques.
Par ailleurs, si le personnel peut bénéficier de cette faveur, cela veut dire que l’acquittement d’un minerval n’est plus la contrepartie du droit à s’inscrire à l’université. En démocratie, rien ne justifie que certains puissent exercer leur droit plus facilement que d’autres du fait de leur emploi ou de leur filiation. On est donc dans une autre logique, qui est celle du commerce. Il est ici considéré que les employés ont droit à des ristournes sur le minerval parce qu’ils contribuent à produire un service, au sens économique du terme, et que le minerval est la valeur marchande de ce service. C’est subtil, mais il y a véritablement un changement de perspective, allant vers une marchandisation de l’enseignement.
Marché, commerce, concurrence, marchandise. Dans cet exemple qui apparait comme un simple avantage octroyé au personnel, on découvre donc l’évolution actuelle de l’enseignement supérieur. On en aperçoit aussi les conséquences. Ici, l’égal accès aux études est relégué à l’arrière-plan. En effet, quand certains doivent justifier scrupuleusement de leurs revenus pour obtenir une bourse, une aide sociale ou un taux préférentiel, d’autres peuvent obtenir une réduction de minerval automatiquement, du simple fait de leur appartenance au personnel universitaire (ou de leur filiation avec un membre de celui-ci). Il s’agit donc d’une entorse faite aux principes démocratiques, explicitement perpétrée au nom de la compétitivité de l’établissement.
À première vue marginale, l’opération PromULg met sur la table des enjeux considérables pour l’avenir de l’enseignement supérieur. Il était donc important que les étudiants s’opposent à cette affaire. Espérons que ce soit enfin l’occasion de se poser quelques questions…
[1] Dans le privé, par exemple, où c’est qu’on est bien mieux payé et qu’on a une BMW de fonction, selon la croyance populaire. Ce genre d’avantages n’est pourtant pas exclu à l’ULg : il suffit de se faire élire recteur…