La ligne 28, et ensuite ?

Article à paraître dans le P’tit Torê de juin 2008

Dès la rentrée prochaine, une nouvelle ligne de bus desservira le Sart-Tilman. Numérotée 28, elle partira de Fléron pour rejoindre le campus universitaire via Chaudfontaine, Beaufays et Tilff, avec à la clé des gains de temps intéressants. Peut-on y voir les prémices de changements plus conséquents pour le transport en commun à Liège ?

Actuellement, il faut compter une bonne heure pour rejoindre le Sart-Tilman en bus depuis Fléron. À vol d’oiseau, la distance entre ces deux points n’est pourtant que d’une quinzaine de kilomètres environ. La faute en incombe à un réseau de transports en commun en étoile, où le centre-ville est un point de passage obligé pour le navetteur qui voyage entre deux points opposés de la banlieue liégeoise. Conséquences : des trajets allongés pour ces usagers, et certains lignes saturées – dont le 48, chargé de transporter un flux énorme d’étudiants venus des quatre coins de l’agglomération.

La ligne 28 amènera certaines solutions à ces problèmes. Elle reliera directement l’est de Liège au site universitaire, sans passer par le centre-ville. Concrètement, cela représentera un gain de vingt minutes sur les temps de parcours actuels. Il s’agit d’un progrès appréciable, auquel il faut ajouter le léger soulagement que procurera certainement le 28 aux lignes reliant le centre-ville au Sart-Tilman. En outre, elle étendra sa zone d’influence jusqu’à Esneux, Sprimont, Soumagne ou Herve via des correspondances avec les lignes existantes.

Il y a donc quelques raisons de se réjouir de cette nouvelle ligne. On tempérera néanmoins son enthousiasme au regard de sa faible fréquence : en heure de pointe, le 28 passera toutes les demi-heures. Aux autres moments (heures creuses, vacances), le rythme sera de un par heure. Il n’est donc qu’une solution partielle aux problèmes de mobilité que nous rencontrons tous les jours. Le 28 sera un ballon d’oxygène salutaire – et encore, il roule au diesel – mais on n’en attendra guère plus.

Comme le souligne la Fédé ainsi que plusieurs associations et citoyens liégeois depuis des mois, les besoins en mobilité à Liège appellent à un effort beaucoup plus important. Or, en observant le tracé du 28, on ne peut s’empêcher de faire littéralement le parallèle avec le projet autoroutier Cerexhe – Beaufays (déjà évoqué dans un précédent numéro). La mise en service de la nouvelle ligne, mobilisant trois bus et cinq chauffeurs, représente un coût de 400 000 euros. La construction de l’autoroute toute proche coûterait 1 000 à 2 000 fois plus. Comme nous l’avons déjà expliqué, ce choix politique nous parait incohérent.

À part la création des lignes 58 (en 2003) et 28, le réseau de transports en commun liégeois n’a connu aucune évolution depuis 1967, soit depuis la suppression des lignes de tram. C’était il y a quarante ans, bien avant les chocs pétroliers : l’ère de la voiture reine et de l’essence pas chère. Au même moment, le Sart-Tilman est en chantier et là aussi, ce sont des parkings et des bretelles d’autoroute qui allaient sortir de terre.

Cette époque est bien révolue, comme en témoigne aujourd’hui le prix de l’essence et l’inadéquation de notre réseau de transports en commun. L’ouverture de deux nouvelles lignes en cinq ans est d’ailleurs un aveu (tardif) de ce dernier problème. Mais les navetteurs de l’est de Liège ne sont pas les seuls à connaître des temps de parcours trop long et des trajets inconfortables. Cette situation est celle de tout usager du bus en région liégeoise, des milliers étudiants peuvent en attester. Ouvrir une nouvelle ligne tous les cinq ans ne réglera pas la situation de sitôt : c’est l’ensemble du réseau qui a aujourd’hui besoin d’un investissement massif.

Voir aussi la réaction de la Fédé sur le sujet.


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