Liège transforme ses kots sociaux en kots de luxe

Après le minerval à 100 € pour le personnel et ses enfants, l’Université de Liège déploie un nouvel aspect de sa politique d’aide envers les étudiants : le kot à loyer social privatisé et transformé en kot de luxe. Un message fort envoyé à tous ces étudiants vivant dans un kot sans room service, et qui ont 600 euros de trop à la fin de chaque mois…

On le sait, la Communauté Française de Belgique est en retard sur le reste de l’Europe en matière de logement étudiant. Ailleurs, il existe des systèmes d’aide ad hoc, ou des résidences universitaires accessibles à des loyers sociaux (c’est-à-dire calculés en fonction du revenu de l’étudiant ou de sa famille). Chez nous, les maigres dispositifs en place sont anecdotiques. Ainsi, l’Université de Liège possédait jusqu’il y a peu trois homes : le Ruhl, au centre ville, ainsi que deux autres situés sur le campus du Sart-Tilman. La capacité de l’ensemble ne dépassait pas quelques centaines de chambres, ce qui est déjà fort peu pour une université de 15 000 étudiants environ.

En 2006, on annonce la revente du home Ruhl à une société privée. Comme souvent, le recteur de l’ULg évoque le sujet sur son blog, rappelant que l’Université a décidé il y a déjà longtemps que la gestion du home Ruhl ne l’intéressait plus, tout simplement. Trop cher à entretenir, parait-il. Bernard Rentier assure que les autres résidences ne sont pas à vendre et que le Ruhl restera affecté au logement étudiant. Personne ne moufte.

Pourtant, il y avait déjà beaucoup de choses à dire sur cette décision. Elle cantonne les seuls logements sociaux pour étudiants au Sart-Tilman, campus coupé de toute vie sociale et culturelle passé six heures du soir en semaine. Elle diminue drastiquement les possibilités de koter à bon prix à Liège. En sont notamment victimes ceux qui viennent de l’étranger dans le cadre des projets Erasmus et autres, dont les recteurs ne cessent de chanter les louanges (au point de vouloir rendre ces séjours obligatoires). Enfin, cette vente montre que le sous-financement de nos universités poussent celles-ci à des restrictions budgétaires touchant la politique sociale des établissements. Bref, l’affaire soulevait déjà de nombreuses questions, et pointaient les contradictions des discours académiques et politiques en Belgique francophone (et ailleurs).

Mais tout ceci nous ferait presque rigoler depuis que l’on sait ce qu’il va vraiment advenir du home Ruhl. Un article paru dans La Libre du 24 juin dernier nous informe de la transformation de la résidence en ensemble de “kots tout confort” par la société écossaise City Living. Le nouveau home proposera aux étudiants (?) des chambres full option : télés plates, salles de bain perso, mobilier suédois, caméras de surveillance, personnel de nettoyage… le tout dans un design bling bling digne d’un futur décideur bien trendy. Pour profiter de ce confort, le locataire d’une chambre standard déboursera la somme de 411 euros par mois. Les plus exigeants se laisseront sans doute tenter par la chambre executive à 541 euros, voire par la suite à 563 euros mensuels. Plus ou moins le triple du loyer réclamés jadis au bas peuple qui grouillait en ces lieux.

Dans l’article de la Libre précité, Michel Firket, échevin CDH de l’urbanisme à Liège [1], exprime son contentement. D’abord, pour les étudiants étrangers « habitués à payer plus cher leur chambre », et qui cesseront ainsi d’être dépaysés quand ils viendront chez nous. Ensuite, pour tous ceux qui « doivent se rabattre sur des appartements familiaux qu’ils partagent » dans une immonde promiscuité dépourvue du moindre écran plasma privatif, la honte. Comme le dit Charlie Mc Gregor, manager de City Living, « les étudiants méritent de vivre dans un environnement de qualité, où ils peuvent étudier, rencontrer des gens, s’amuser », que diable ! Le kot « haut de gamme » à Liège était donc une priorité. D’ailleurs, l’effort sera poursuivi par l’ouverture prochaine d’une cinquantaine de studios dans le quartier de Bavière.

Et tout ceci se passe tranquillement. Ni l’échevin, ni le recteur, ni le journaliste ni le manager [2] ne semblent connaître la réalité de la condition étudiante : travail précaire et/ou dépendance familiale, augmentation constante des coûts liés aux études, insuffisance des systèmes d’aide sociale, locations insalubres… Les prix réclamés par City Living, le luxe affiché et surtout le contraste avec l’ancienne vocation sociale des lieux ne semble incommoder personne. Comme s’il était désormais définitif que l’université est faite pour l’élite, et que les autres n’ont qu’à se débrouiller seuls.

Après cet épisode, le message est clair : les étudiants doivent se préparer à tout. Reprise des restaurants universitaires par McDo, aménagement de parkings à 4×4 au Sart-Tilman, diplômes sponsorisés, suppression des bourses… Qu’on se le dise : désormais, l’université ne préfigure plus la société de demain : comme tout le monde, elle subit la société d’aujourd’hui.

Sur le même sujet, voir aussi le communiqué de presse édité par la Fédé (qui s’est dotée d’une nouvelle équipe récemment).


[1] Rappelons pour les distraits que Liège est dirigée par une majorité PS-CDH (centre-gauche).

[2] À la limite, ce dernier est pardonnable…

2 réponses vers «Liège transforme ses kots sociaux en kots de luxe»

  1. Romain K Dit:

    Après tout, pouquoi le bas peuple pourrait-il aller à l’Université?!

    Si ils sont pauvres, c’est de leur faute, non? Pourquoi l’Université leur offrirait une chance de réussir ?

    Oui au minerval à 15.000 euro!
    Oui au développement de chair qui favoriseraient les recherches en OGM et en Buisness;
    Oui à une Université réservée Uniquement à ceux qui gagnent plus de 6000 euros par mois!

    Oui à la politique actuelle!

  2. Olivier S Dit:

    “Oui à la politique actuelle!”
    Réfléchis un peu… Le rapport actuellement qualité/prix en Belgique pour l’enseignement universitaire est extrement élevé…. Je te signale que le minerval a 15000€… D’en dautre pays les gens prient pour avoir un minerval aussi bas que ca…Alors un minverval a 800€… c ‘est impensable pour eux: ca n’existe pas . Moi je suis bien content de payer QUE 800€. Et franchement des Kots plus luxueux…Mais c’est une bonne idée. L’université se doit d’être accessible a tous, et si elle peut répondre a toutes les exigences c’est mieux.


Laisser un commentaire