Comme chaque année, les étudiants de l’ULg éliront leurs représentants. Ce sera le mercredi 25 mars. Oxygène, la liste que nous avons fondée l’an dernier, qui a gagné les élections de 2008 et qui gère la Fédé depuis juillet, se présente à nouveau. Nous sommes donc en campagne. Face à nous, pas grand monde. Nos opposants de l’an dernier ne sont pas candidats cette année [1]. Ca ne les empêche pas de faire campagne ardemment sur un forum de discussion. Au détour de cette énième joute verbale, nous avons enfin décelé les éléments fondateurs de la doctrine de nos adversaires. En exclusivité, voici la synthèse.
«La politique, ça pue»
La politique, on le sait, c’est magouilles et compagnie. La représentation étudiante doit être apolitique. Elle ne doit surtout pas se mêler de tout ce qui dépasse le niveau très très concret de l’ultra quotidien de l’étudiant super lambda. Les dossiers à défendre sont ceux des machines à café, des prix du salad bar ou de la verrière cassée. Nous devons nous abstenir d’aller plus loin, car nous ne sommes que des étudiants. Nous sommes à l’université le temps d’obtenir un diplôme et ensuite un emploi. Nous n’avons à nous prononcer que sur le service qui nous est rendu, le reste ne nous concerne pas. Il est hors de question de remettre en cause quoique ce soit de fondamental, car c’est trop politique.
Ceux qui essayent de propager des idées au sein de la population étudiante sont des démagogues et/ou des utopistes. Chacun sait qu’il ne sert à rien de réclamer des études moins chères. D’abord, c’est pas si cher que ça, 10 000 euros. Il faut bien ça pour que notre université soit réputée, puis tout le monde peut trouver cet argent facilement. Dire le contraire, c’est flatter les bas instincts des étudiants, qui ne pensent égoïstement qu’à payer moins cher. C’est également leur faire croire n’importe quoi. Comme si nous, les petits étudiants, pouvions changer quelque chose au coût des études !
Les propagandaires qui défendent ces idées se moquent de nous. Ils ne veulent qu’une chose : faire les malins pour préparer leur carrière politique. Ils cherchent à nous piéger, ne nous laissons pas faire ! Le seul programme honnête est celui qui vise le bien-être de tous les étudiants, sans faire de politique [2].
Le bon vieux corporatisme
La proximité est une vertu cardinale. Le représentant doit avant tout comprendre ce que veulent les étudiants. Son rôle n’est en aucune manière de les sensibiliser ou de le conscientiser à quoique ce soit. Trop politique. Nous devons nous contenter de relayer leurs soucis quotidiens dans le bureau approprié. C’est cela qu’ils veulent et c’est ce qui est bon pour eux. Nous n’avons rien à faire de ce qui dépasse les frontières de notre Faculté. Nous devons cependant être présent au conseil des étudiants pour défendre les intérêts de notre Faculté, qui est toujours menacée par les autres.
Par contre, il n’y a aucun intérêt à intégrer une organisation représentative au niveau communautaire. Ces organisations sont trop éloignées de nous. Elles ne s’intéressent qu’à des sujets futiles, comme les fusions ou le coût des études. Notre approvisionnement en café ne les intéresse pas le moins du monde ! En outre, les ORC sont dirigées par des bruxellois méprisables, ne cherchant qu’à nous soutirer de l’argent et à nous endoctriner. Nous n’avons pas besoin de mettre le moindre orteil dans ce repère d’arrivistes. Les étudiants de l’ULg sont assez forts pour se défendre tous seuls face au pouvoir politique, grâce à monsieur Rentier notamment. Mais la plupart du temps, c’est inutile : on n’a pas à se plaindre, c’est sûr.
Le représentant irresponsable
Lors des élections étudiantes, nous devons désigner ceux qui vont nous rendre des services, et qui vont réaliser de chouettes projets. Les candidats n’ont pas besoin de rédiger de programmes. Ils doivent juste nous montrer à quel point ils sont sympas et dévoués. Le mandat qu’on leur donne ne vaut que pour ça. Leurs idées, leurs positions ou leurs éventuelles convictions n’ont pas la moindre importance. Nous pensons tous pareil, nous voulons tous la même chose. Il n’y a pas lieu de débattre, cela compliquerait tout. Si d’aventure, nous sommes contraints de prendre position pendant notre mandat, nous n’avons pas à nous en justifier ni à faire preuve de cohérence [3]. On n’est pas des politiques, qu’on vous dit. Puis les étudiants se moquent bien de tout ça, de toute façon.
Le consensualisme à tout prix
Se constituer en liste est tout aussi mauvais. Le bon candidat est celui qui se présente tout seul, avec toute sa bonne volonté et son courage, sans trop réfléchir. Ceux qui créent des listes officialisent des clivages dont on ne veut pas voir l’existence [4]. Ils mettent à mal l’œcuménisme général et pourrissent l’ambiance. La Fédé, ça doit être avant tout soixante copains engagés à fond pour faire plaisir aux étudiants. Tout désaccord peut être aplani facilement, il n’y a pas à substantialiser la contradiction. Celle-ci existe uniquement parce que certains « rats » l’entretiennent à leur profit.
Conclusion
La caractéristique majeure de ce discours est de nier tout caractère politique à la représentation étudiante. Celle-ci est vue comme une association de défense des étudiants-consommateurs, chargée de donner son avis sur la qualité du produit universitaire, et d’intervenir à la marge sur des choses pratiques. Quand elle est mise en œuvre, cette doctrine provoque une anesthésie durable du corps étudiant en tant qu’acteur politique et citoyen. Après dix années sous perfusion, Oxygène a donné à la Fédé un salutaire coup de défibrillateur (notre bilan est disponible ici). Mais le travail est loin d’être terminé, nous avons besoin d’un second souffle. Votez Oxygène ce mercredi 25 mars !
[1] Précision : l’an dernier, 30 sièges sur les 60 que compte l’AG de la Fédé ont été attribués pour deux ans. Le critère pour obtenir l’un de ces sièges étant le score, les principaux meneurs des listes de l’an passé ont donc été élus pour deux ans. Néanmoins, Oxygène a décidé de recruter de nouveaux candidats pour prolonger son action l’an prochain. Nos adversaires n’ont pas fait ce choix.
[2] Sans doute le plus gros paradoxe de cette théorie : elle prône le bien commun et refuse la politique. Or, le bien commun est l’objet même de la politique. Il est impossible de le définir en dehors d’un cadre proprement politique (minute théorique).
[3]Hallucinant mais vrai. Sur le forum en question, une élue nous explique posément qu’elle a radicalement changé d’avis sur une question cruciale, mais qu’elle n’a pas à rendre compte de cela et que les votes qu’elle exprime en assemblée sont secrets. Elle a remercié au passage les éminences grises qui lui ont permis de changer d’avis. Amusante conception du mandat, et surtout quelle intégrité, n’est-ce pas ?
[4] Il existe évidemment des tendances au sein de la représentation étudiante. Les propos qu’on retrouve sur le forum sont d’ailleurs fortement influencés par l’esprit des gardiens du temple, qui a constitué la tendance majoritaire à la Fédé pendant de nombreuses années. Cette réalité n’a cependant jamais été admise explicitement.


15 mars 2009 à 20:08
Je suis en total accord avec ce texte. Il reflète bien ce qu’il se passe à la Fédé.
16 mars 2009 à 1:46
De l’exactitude sur un ton incisif. Un vrai régal.
Puissent ils te (re)lire et qu’une étincelle de bon sens les fassent fonder une véritable alternative… Qui sait ?
Peut-être aurez-vous bientôt le loisir d’organiser un débat d’idées avec les membres d’une liste… CO2 ?
16 mars 2009 à 4:27
Une analyse qui aurait parfaitement convenu à la Fédé d’il y a dix ans (si ce n’est plus). Les choses n’ont pas changé.
A mon sens, ça tient avant tout à l’origine sociale des étudiants. Avec bien sûr, l’appui de structures historiquement corporatistes et le tout entretenu savamment par la direction académique.
Les étudiants politiques (dans le sens de “conscients”) ont toujours étés une exception même en 68′