Après l’outrage, l’exécution publique, le trait tiré, l’opéra-bouffe, le happy end officiel et deux mois de silence radio, c’est enfin le moment du débriefing. Dans quel état se trouve l’organisation qui représente les étudiants de l’ULg ? Same old, guys…
Résumons rapidement. Après le boycott du conseil d’administration du 18 mars, la Fédé sombre dans l’hystérie générale. Sous le coup de la violence des réactions suscitées par la position, l’équipe en place – qui a pourtant assumé des positions critiques depuis le début de l’année – adopte des attitudes bizarres. Plusieurs membres décident brutalement qu’il est urgent de suspendre la campagne électorale en cours [1], de censurer un portrait licencieux du recteur [2] et de se rendre à Canossa pour renouer de bonnes relations avec icelui [3]. Sans que rien n’ait bougé sur le fond et en dehors de toute instance décisionnelle interne à la Fédé, un revirement complet de stratégie s’opère. Préserver les apparences devient plus important que de défendre les positions collectives. Celles-ci sont d’ailleurs désavouées en assemblée, quelques jours après.
Ça n’a pas suffi pour éviter de perdre le vote de confiance que nous avions nous-même suscités. Pour se maintenir, deux ou trois semaines plus tard, notre équipe se dilue séance tenante dans une équipe transitoire, composée aléatoirement pour faire plaisir à tout le monde et dont la première décision sera de féliciter le recteur réélu. Qui, de son côté, a déclaré quelque temps avant que l’incident était clos. Bref tout le monde est content : les adversaires d’Oxygène, qui nous ont fait rendre gorge ; l’Université, qui a réussi a faire passer notre critique pour un “incident” ; et une bonne partie des ex-Oxygène, qui vont pouvoir garder leur mandat à la Fédé grâce à leur reconversion aux bonnes vieilles traditions [4], en prenant soin désormais de ne plus insulter l’avenir. Inutile de dire à qui profite le crime…
Que s’est-il passé ? Comment se fait-il qu’un groupement qui gagne les élections deux années de suite en brandissant des programmes, des slogans et des idées se dégonfle aussi rapidement sous le coup de quelques taquineries des cercles et des autorités ? Comment un ballon d’oxygène peut-il se transformer en flatulence pour si peu ? La réponse est sans doute à chercher du côté d’un défaut de conception. Manquant de cohérence idéologique, rassemblant des personnes aux profils très (trop) différents, notre liste n’a pas résisté à la tension à laquelle elle a été soumise. On s’était déjà rendu compte tôt dans l’année que plusieurs personnes avaient rejoint la liste au moment des élections par pur opportunisme (on appelle ça des free riders). Les dernières turbulences ont achevé de révéler la faiblesse de l’initiative, montrant que même plusieurs membres du “noyau dur” d’Oxygène n’étaient pas prêts à prendre les risques nécessaires à la réalisation du programme sur lequel ils se sont fait élire.
Cette situation me laisse amer. Bien sur, on a fait des erreurs : stratégie, casting… Mais après trois années dans la représentation (dont deux qui y furent consacrées quasiment à temps plein), il est un peu frustrant de constater qu’on laisse l’endroit quasiment dans l’état dans lequel on l’a trouvé, toujours otage des corporatismes facultaires, coincé dans un conception bureaucratique de la représentation étudiante, incapable d’intelligence collective. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de changer les choses. Combien de réunions interminables, de tracts distribués, d’assemblées dramatiques, d’opérations commando, de forums floodés, de mails envoyés, d’heures de cours séchées, de grades perdus… Et au final, la Fédé ne fait toujours que des guide-agendas.
L’idée de consacrer autant de temps et d’attention à cette Fédé peut faire marrer pas mal de monde, notamment ceux qui y sont passés et n’ont pas mis tout ce temps pour conclure que c’était une cause perdue. Mais malgré l’échec, cela valait le coup d’essayer sérieusement de redresser cette affaire. On l’aura tenté au moins une fois. Peu de représentants en sont convaincus, mais la représentation étudiante n’est pas inutile. Elle peut constituer un outil puissant pour faire émerger les étudiants comme acteurs politiques, chose indispensable vu l’évolution inquiétante que connait l’enseignement supérieur en Europe. Mais pour cela, il faut qu’elle se débarrasse de ses mauvaises habitudes, se donne de bonnes priorités, de bonnes stratégies, de responsables capables de se mouiller et d’affronter l’adversité sans céder à la panique. Précisément ce qui a manqué cette année, et continuera de manquer tant qu’un déclic salutaire ne se fera pas à Liège.
[1] Car oui, dans toute cette furie avait lieu les élections étudiantes. Heureusement, ladite suspension de campagne n’a pas eu lieu.
[2] N’a pas eu lieu non plus.
[3] A malheureusement eu lieu, sanctionnant ainsi le retour à une vision consensualisante / paternaliste : une bonne discussion aplanit toujours les épisodes de mauvaise humeur des petits jeunes.
[4] Qui consistent, en gros, à limiter le travail politique aux négociations avec le rectorat et à miser sur le socio-culturel pour toucher les étudiants.


23 juin 2009 à 12:05
Thomas, tu es un trop gros poisson pour cette petite mare.
en tout cas, big up pour l’abnégation et l’obstination, et à bientôt dans l’océan.